Iliouchine Il-28 Beagle

La fin de la Seconde Guerre Mondiale entraîna de nombreux changements en matière de géopolitique. L’Union Soviétique, de puissance régionale, devenait une des deux puissances majeures du monde, avec les Etats-Unis. Mais plus grave encore pour les Occidentaux, d’allié contre l’Axe, elle devenait un ennemi potentiel. Car de son côté, Staline et ses subordonnés avaient parfaitement pris conscience de la nouvelle donne mondiale, et étaient bien déterminés à imposer leur influence partout dans le monde, afin d’acquérir le premier rang et de devenir la plus grande puissance mondiale. Cette volonté de domination passait par l’armement, et par l’aviation. Le conflit avait entraîné une succession d’innovations technologiques et, dès sa fin, de nouvelles générations d’appareils étaient prêts à entrer en service, afin de remplacer les précédentes, dont la valeur opérationnelle se réduisait de plus en plus rapidement. Chaque puissance se lança donc dans une course à l’armement, qui fut d’autant plus âpre que les technologies développées par l’Allemagne furent alors transférées vers les pays vainqueurs de la guerre. Et notamment l’Union Soviétique. Le début des années 1950 fut marqué par un grand intérêt à l’égard des productions soviétiques. Le manque d’informations en provenance de l’URSS, la défiance à l’égard de ce pays et la peur à l’idée d’une nouvelle guerre facilitèrent l’apparition de nombreux appareils soviétiques futurs, qui n’existaient que dans l’esprit de certains journalistes. Non seulement, la plupart de ces appareils n’eurent jamais aucune existence, mais ils permirent de camoufler les vrais projets soviétiques. L’arrivée sur la scène internationale de l’Il-28 causa une grande surprise : personne n’en avait jusque-alors entendu parler.

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Moscou lança le développement d’un bombardier à réaction moderne, le premier du genre en Union Soviétique. Le bureau d’études Tupolev proposa son Tu-14, un bimoteur capable de transporter deux torpilles. De son côté, Iliouchine fit voler en juillet 1947 son Il-22, ce dernier étant alors motorisé par des réacteurs RD-10, dérivés du Junkers Jumo 004 transféré d’Allemagne. Mais les Jumo n’étaient pas assez puissants pour l’Il-22, qui apparut comme sous-performant. Par chance, l’Union Soviétique venait alors d’obtenir du Royaume-Uni plusieurs moteurs Rolls-Royce Nene, ceux-là même qui devaient équiper par la suite le MiG-15 Fagot. En juin 1948, le nouvel appareil, rebaptisé Il-28, et bien supérieur à l’Il-22, fit son vol inaugural. Mis en concurrence avec le Tupolev Tu-14, l’Il-28 l’emporta. Il n’avait pas les capacités du Tu-14, mais les équipages de l’aviation de bombardement le préférèrent à son rival. La production débuta rapidement et les premiers appareils entrèrent en service en 1950. La production se mesura en chiffres ” soviétiques ” : on estime à près de 6300 appareils le nombre d’Il-28 construits, plus environ 400 unités produites en Chine populaire sous la désignation Harbin H-5/HJ-5. Il est à noter que la Tchécoslovaquie a aussi produit des Beagle, sous la dénomination B-228/CB-228. Désigné par l’OTAN comme le Beagle, l’Il-28 allait devenir le bombardier léger standard des forces soviétiques et de celles du Pacte de Varsovie durant toutes les années 1960. L’Union Soviétique ne les retira que dans les années 1980, après s’être servie des appareils survivants comme remorqueurs de cibles ou plate-formes de guerre électronique. Mais plusieurs centaines d’appareils restaient encore opérationnels au début des années 1990. A l’heure actuelle, il est possible que certains appareils soient encore actifs en Chine et en Corée du Nord.

Le Beagle était un bombardier d’apparence extrêmement classique pour son époque. Il reprenait certaines caractéristiques de ses ainés de la Seconde Guerre Mondiale. L’Il-28 était un bimoteur à ailes droites, les deux moteurs étant placés au milieu de chaque aile, dans des nacelles fixées sous chaque aile. L’empennage en revanche était en flèche, afin de remédier à des problèmes de contrôle de l’appareil à grande vitesse et en piqué. Le cockpit surélévé offrait une bonne visibilité vers l’avant et sur les côtés. Le nez du Beagle était également vitré et accueillait le navigateur bombardier ainsi que le viseur. Une autre partie vitrée à l’arrière abritait le mitrailleur de queue. Deux des trois parties du train d’atterrisage tricycle s’escamotaient dans les nacelles des moteurs. En vol, l’Il-28 se révéla un appareil très stable et il était apprécié de ses pilotes pour son comportement en vol. Il emportait également un armement puissant. Deux canons NR-23 de calibre 23 mm étaient placés dans son nez, deux autres dans la tourelle de queue. En outre, le Beagle pouvait emporter 3 tonnes de charges extérieures, généralement six bombes FAB-500 de 500 kilos, ou 2 torpilles AV-45-36. Il exista même une version prévue pour emporter la bombe atomique soviétique, l’Il-28N.

Versions principales :
- Il-28 : version de base, destinée au bombardement
- Il-28N (ou Il-28D) : version destinée au largage de bombes nucléaires
- Il-28P (ou Il-20) : version démilitarisée, destinée au transport de courrier et livrée à l’Aeroflot
- Il-28R : version de reconnaissance, embarquant quatre à cinq caméras, et de l’équipement de surveillance
- Il-28T : version destinée à la Marine Soviétique, armée de torpilles
- Il-28U : version à double cockpit (l’un remplaçant le nez vitré de base), non armée, pour l’entraînement des équipages ; code OTAN : Mascot

Les Il-28 formèrent l’ossature des unités de bombardement et d’attaque soviétiques jusque dans les années 1960. Mais l’Union Soviétique ne les engagea jamais au combat. Il semble cependant que des Il-28R aient effectué des missions de reconnaissance avant l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956. Les appareils envoyés à Cuba en 1962 furent rappelés après le dénouement de la Crise des Missiles. L’Egypte fut un des principaux utilisateurs étrangers du Beagle. Elle engagea ses avions et ses équipages au Nigéria alors en guerre au Biafra, au Sud-Yémen dans les années 1960 mais surtout contre Israêl en 1967 et 1973 (avec les Beagle syriens). A ces occasions, les Il-28 constituant des cibles prioritaires pour les Israëliens, furent souvent détruits au sol. Les appareils chinois ont quant à eux servis contre Taïwan en 1956 et au Tibet en 1959. Enfin, des appareils afghans participèrent aux opérations avec les Soviétiques, tous étant par la suite détruits au cours des guerres civiles. L’Allemagne de l’Est et la Finlande enfin n’utilisèrent leurs appareils, non armés, que comme remorqueurs de cibles.

Repères

Type: Bombardier léger triplace

1er vol du prototype: 8 juin 1948

Mise en service: 1950

Pays d'origine

Ex-URSS

Ex-URSS


Pays utilisateurs

Afghanistan, Albanie, Algérie, Allemagne de l'Est, Bulgarie, Chine, Corée du Nord, Cuba, République Tchèque, Egypte, Finlande, Hongrie, Indonésie, Irak, Nigéria, Pologne, Roumanie, Somalie, Syrie, Ex-URSS, Vietnam.

Plan 3 vues

Plan 3 vues Il-28 Beagle

Données techniques

  • Version : Il-28
  • Motorisation : 2 turboréacteurs Klimov VK-1
  • Puissance : 2 x 2700 ch
  • Envergure : 21,45 m
  • Longueur du fuselage : 17,65 m
  • Hauteur au sol : 6,70 m
  • Surface alaire : 60,80 m²
  • Masse à vide : 11 890 kg
  • Masse maximale : 21 000 kg
  • Plafond pratique : 12 300 m
  • Distance franchissable : 2 180 km
  • Vitesse maximale : 900 km/h
  • Equipage : 1 pilote, 1 navigateur bombardier, 1 mitrailleur

Photos du Il-28 Beagle

Il-28 Beagle


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Vidéos du Il-28 Beagle





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