ZSU-23-4 “Shilka”

Description

Rarement un véhicule de défense antiaérienne n’a été aussi célèbre que le ZSU-23-4. Et aussi utilisé. Car ce système d’arme, nommé “Shilka” en référence à un affluent du fleuve Amour, a figuré dans de très nombreux conflits. Et sa silhouette devent vite familière aux correspondants de guerre.

Le ZSU-23-4 a été conçu dans les années 1960, pour remplacer au sein des unités soviétiques le ZSU-57-2, un automoteur armé de deux redoutables canons de 57 mm mais dépourvu de radar. Or, confronté à la sophistication croissante des appareils occidentaux et désireux de fournir une couverture efficace à leurs unités blindées, les Soviétiques ne pouvaient plus s’en contenter. Aussi, en 1965, après pluisieurs années d’étude, le Shilka fut mis en service. Il allait très vite démontrer l’efficacité de sa conception. Dès le début des années 1970, il commença à remplacer son prédecesseur dans les unités antiaériennes soviétiques, opérant en général par paire. Utilisant un chassis très proche du char amphibie PT-76, le Shilka est un véhicule légèrement blindé : 15 mm de blindage à l’avant, 10 mm ailleurs, ce qui protège l’équipage uniquement des armes légères et des éclats d’obus. Il est donc très vulnérable. Mais il n’est pas conçu pour le combat rapproché. Les quatre membres de l’équipage du Shilka peuvent tous prendre place dans la tourelle, où se trouve également l’armement et la tourelle radar.

L’armement du Shilka constitue sa meilleure défense. Il n’est pas exagéré de dire que le ZSU-23-4 a constitué en son temps le meilleur véhicule de défense antiaérienne disponible, même face à des modèles occidentaux à priori beaucoup plus perfectionnés. Chaque Shilka dispose en effet de quatre redoutables canons AZP-23 de calibre 23 mm, regroupés à l’avant de la tourelle, et pouvant pointer de – 4° à + 85° en site, la tourelle pouvant pivoter sur 360°. Chaque tube dispose de 500 obus (en général des API-T, antichar, incendiaire et traçant, ou des HEI-T, brisant, incendiaire et traçant), capables d’atteindre n’importe quelle cible dans un rayon pratique de 2500 mètres autour du véhicule. Seule une zone aveugle d’environ 10 degrés est inaccessible, au dessus des canons. Le canonnier peut tirer des rafales de 5, 10 ou 50 coups, et chaque canon dispose d’une cadence de tir de 850 à 1000 obus/minute. Pour renforcer la précision de cet armement, le ZSU-23-4 est muni d’un radar RPK-2 Tobol très efficace, monté à l’arrière de la tourelle, capable de détecter un avion à près de 20 kilomètres de distance. Enfin, le Shilka dispose d’une protection NBC et d’une turbine à gaz, permettant de fournir de l’énergie à la tourelle et aux systèmes quand le moteur ne tourne pas.

Plusieurs variantes furent construites, généralement modernisées par rapport à la version de base : les modifications portèrent essentiellement sur l’électronique de bord ou un meilleur armement. Ainsi, en 1973, le ZSU-23-4M Biryusa fut équipé de canons modernisés, à la durée de vie accrue de 3500 à 4500 coups. En 1978, le ZSU-23-4M2 reçut un tout nouveau système radar et 2000 munitions en plus. Des versions modernisées furent aussi lancées par la Russie et l’Ukraine après la chute de l’URSS, emportant notamment des missiles sol-air de courte portée en tourelle. Au total, près de 6500 Shilka sont sortis d’usine, entre 1964 et 1982. La plupart furent vendus aux pays du Pacte de Varsovie, aux alliés de l’URSS et à quelques états non-alignés.

Quelques Shilka furent engagés au Nord-Vietnam, mais ce fut la guerre du Kippour qui révéla ses qualités mortifères : sous les yeux d’observateurs stupéfaits, les Shilka causèrent de terribles pertes à l’aviation israélienne. Engagés à basse altitude pour échapper aux missiles sol-air SA-2 Guideline ou SA-6 Gainful, les Douglas A-4 Skyhawk et autres McDonnell F-4 Phantom de l’Etat hébreu se retrouèvrent à maintes reprises face à une muraille de feu quasiment infranchissable. De nombreux appareils furent abattus ou sérieusement endommagés. Israël finit par mettre la main sur des exemplaires intacts du ZSU-23-4 et en alignerait encore une soixantaine à l’heure actuelle. Les Shilka se montrèrent aussi au Liban (1982), au cours de la guerre Iran-Irak (1980-1988), pendant les deux Guerres du Golfe (1991 et 2003), en Afrique, dans la Guerre de l’Ogaden (1977-1978) entre l’Ehiopie et la Somalie, ou la première guerre civile angolaise (1975-1991). Ils ne furent pas uniquement engagés contre des aéronefs (bien qu’ils se soient montrés redoutables en la matière, notamment contre les hélicoptères), mais aussi contre des cibles au sol. Peu de véhicules pouvaient (et peuvent encore) sortir sans dommage d’une rafale tirée par un ZSU-23-4. Ainsi, en Angola, les Sud-Africains perdirent un certain nombre de véhicules blindés, notamment des transports de troupes Ratel, déchiquetés par des obus de 23 mm qui parvenaient parfois à détonner à l’intérieur de la caisse, voire dans les soutes à munitions. Le Shilka s’est montré aussi très dangereux en milieu urbain : en Tchétchénie, son grand angle de tir fut utilisé par les Russes pour se prémunir des embuscades menées des toits, une utilisation pas vraiment prévue au départ.

De nombreux véhicules de ce type sont toujours en service, essentiellement au sein des forces armées russes (450 en 2007, dont 50 sont mis en oeuvre par l’infanterie de marine), mais aussi en Inde et au Vietnam (100 exemplaires chacun) ou encore au Moyen-Orient. Bien que devenu moins performant que le 9K22 Tunguska, le Shilka, de par ses qualités et son coût réduit, a encore une longue carrière devant lui. Il aura aussi permis de mettre l’accent sur une évolution de la guerre moderne, à savoir que les attaques aériennes classiques étaient devenues quasiment impossibles face à une puissance de feu désormais presque impénétrable et qu’il fallait désormais frapper plus loin et plus précisément.


Repères

Ex-URSS

Ex-URSS

Caractéristiques

  • Type : Canon antiaérien automoteur
  • Constructeur : Ateliers Mécaniques de Mytishchi
  • Distance franchissable : 450 km
  • Vitesse max. : 50 km/h
  • Motorisation : 1 moteur Diesel V-6R à refroidissement par air, développant 280 ch
  • Poids : 19 tonnes
  • Longueur : 6.54 m
  • Largeur : 3.12 m
  • Hauteur : 2.57 m
  • Equipage : 4 personnels
  • Armement :
    - 4 canons AZP-23 de 23 mm

  • Unités en service : Algérie, Angola, Bulgarie, Congo, Corée du Nord, Cuba, Egypte, Equateur, ex-URSS, Iran, Irak, Jordanie, Laos, Maroc, Mongolie, Mozambique, Nigéria, Pérou, Pologne, Russie, Syrie, Ukraine, Vietnam, Yémen, Zimbabwé
  • Nombre total d'unités produites :

Photo du ZSU-23-4 “Shilka”

Photo du char ZSU-23-4 “Shilka”

Schéma

Schéma du char ZSU-23-4 “Shilka”

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