T-10

Description

Ultime descendant des chars lourds Iosif Stalin, également connus sous leur abréviation IS, et dont plusieurs centaines d’exemplaires de la série IS-2 devaient participer aux derniers combats de la Seconde Guerre Mondiale, le T-10 (Obyekt 730 ou IS-10) est apparu en public pour la première fois lors d’un grand défilé militaire à Moscou, en novembre 1957. On estime toutefois que les premiers exemplaires sortient des chaînes à la fin de l’année 1957, quelques mois seulement avant la mort de Staline. Tout comme les Britanniques et les Américains, les Soviétiques avaient tiré beaucoup d’enseignements de la guerre. Destinés au départ à contrer les chars allemands, et notamment les Tiger et les Panther, les IS continuèrent d’être développés après le conflit, jusqu’à atteindre la série IS-10. Comme leurs anciens alliés, les Soviétiques s’attachèrent à contruire trois types de chars : des chars légers, comme le PT-76, des chars moyens, comme le T-54 et des chars lourds. Les équivalents occidentaux du T-10, le M103 américain et le Conqueror britannique sortirent dans la même période, mais ils eurent une carrière moins longue.

Les premiers T-10 furent conçus dans le but de soutenir leurs congénères T-54, plus petits et plus mobiles, et de fournir un appui-feu contre les résistances ennemies. A cette fin, les Soviétiques s’attachèrent à produire un véhicule très bien protégé et armé, capable d’encaisser les coups et de les rendre. Avec sa tourelle placée en avant de la caisse, le T-10 paraît très long. Il est pourtant de la même longueur que le char de bataille britannique Centurion et plus long de seulement un mètre que le M-48. A contrario, le M103 était plus grand de près de deux mètres. Quatre hommes constituent l’équipage : le pilote est en tête, le chef de char et le canonnier à gauche de la tourelle tandis que le pourvoyeur est à droite de celle-ci. Le moteur et la transmission se situent à l’arrière du char. L’armement du T-10 était constitué d’une pièce de 122 mm, dotée de 30 obus et de deux mitrailleuses DShK de 12,7 mm, l’une coaxiale et l’autre antiaérienne (sur la coupole du pourvoyeur), dotées au total de 1000 cartouches. Le canon, muni d’un frein de bouche à double chicane et d’un évacuateur de fumée, pouvant tirer en site entre – 3° et + 17°, utilisait deux types d’obus : soit des APC-T pouvant perforer 185 mm de blindage à 1000 mètres de distance, soit des HE antipersonnel à fragmentation, tous les deux ayant une vitesse initiale de 885 m/s.

A partir de 1957, les Soviétiques commencèrent à produire une version améliorée du T-10, le T-10M. Les mitrailleuses furent remplacées par des KPVT de calibre 14,5 mm, tandis que le canon reçut un frein de bouche à chicanes multiples et est stabilisé aussi bien dans les champs de tir vertical qu’horizontal. Un nouveau type d’obus vint compléter la panoplie existante : un obus HEAT à charge creuse, d’une vitesse initiale de 900 m/s, performant à 1000 mètres 460 mm de blindage. Un projecteur infrarouge fut monté sur la coupole du commandant et un autre à droite du canon. Les Soviétiques ajoutèrent aussi un équipement de protection NBC et un schnorckel permettant d’accroître la profondeur des cours d’eau pouvant être traversés à gué par le char (1,20 m pour le T-10). Dans les deux versions, la protection du T-10 était la même : 25 mm à l’arrière, 100 mm sur les côtés et 230 mm à l’avant. A titre de comparaison, la protection maximale d’un char M-48 est de 120 mm et celle d’un Centurion de 152 mm. Enfin, des réservoirs d’essence supplémentaires pouvaient être accrochés à l’arrière du chassis, pour accroître l’autonomie.

Ainsi pourvu, le T-10 aurait constitué sans nul doute un redoutable adversaire pour n’importe quel char rencontré sur son chemin. Il n’était pas pour autant dépourvu de défauts. Plus lent que les autres chars soviétiques, il aurait sans doute ralenti la marche des unités blindées l’accompagnant. Le plus gros problème venait du type d’obus utilisé, à chargement séparé (le projectile et la douille sont stockés dans deux magasins différents), réduisant d’autant la cadence de tir (estimée à 3 à 4 coups par minute). Enfin, le canon du T-10 n’avait pas un grand angle de tir vers le bas, rendant quasi impossible un tir à contre-pente, vers le bas. Cela dit, cela aurait sans doute été peu utile dans les plaines d’Europe centrale, si conflit il y avait eu.

Dans les années 1960, les Soviétiques se convertirent au concept du char de bataille principal (MBT) et portèrent leurs efforts sur la constitution d’une vaste flotte de chars moyens. L’apparition des missiles antichars vint également changer la donne. Les T-10 perdirent de leur importance et furent affectés à des unités spéciales, venant renforcer au besoin les divisions blindées et mécanisées. Leur sort fut ensuite plus incertain. Il est fort plausible qu’ils furent placés en réserve, les Soviétiques n’ayant jamais détruit de matériels potentiellement utilisables. La production cessa définitivement en 1966. Il semble que les derniers T-10 furent retirés du service en 1993. Seuls trois pays reçurent des T-10 : l’Egypte et la Syrie engagèrent leurs T-10 lors de la guerre du Kippour, et il semblerait que des exemplaires syriens soient encore en service. On pense également que le Vietnam du Nord reçut des T-10.


Repères

Ex-URSS

Ex-URSS

Caractéristiques

  • Type : Char d'assaut lourd
  • Constructeur : Industrie d'Etat Soviétique
  • Distance franchissable : 240 km
  • Vitesse max. : 42 km/h
  • Motorisation : 1 Diesel V2-IS développant 690 ch
  • Poids : 52 tonnes
  • Longueur : 7.4 m
  • Largeur : 3.56 m
  • Hauteur : 2.43 m
  • Equipage : 4 personnels
  • Armement :
    - 1 canon D-74 de 122 mm
    - 2 mitrailleuses KPV de 14.5 mm
    - 1 mitrailleuse DShK de 12.7 mm

  • Unités en service : Syrie, Vietnam
  • Nombre total d'unités produites : 2.500

Photo du T-10

Photo du char T-10

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